CHIANTOWN PHILADELPHIE... PHOTOS

Le père et ses deux filles...

Aurestaurant... Le père, la mère, les deux filles et le neveu français...et moi :)
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CHIANTOWN PHILADELPHIE... PHOTOS

Le père et ses deux filles...

Aurestaurant... Le père, la mère, les deux filles et le neveu français...et moi :)
TOUPET...AVANT PORT ARTHUR / 2
A Paris, 2000-2002
Toupet a un caractère opposé à Monsieur Li... C'était donc toujours explosif entre eux et je n'ai jamais compris comment ils ont pu vivre tous les deux dans la même chambre de bonne (7m2). Dans cette pièce sans eau chaude ni chauffage avec les toilettes dans le couloir, il y a une cheminée qui prend une grande place. Toupet glisse son matelas sous le lit de Monsieur Li, tous les matins après s'être réveillé en se regardant dans le miroir de la grande armoire sur laquelle il a écrit en gros : "je dois apprendre cent mots tous les jours". Mais comment apprendre le français dans ces conditions? Monsieur Li utilise le lit pour faire ses raviolis chinois (par lots de d'eux cent environ) et le reste de la pièce est occupée par deux postes de télévision...L'un pour le tiercé de Toupet et l'autre exclusivement pour le karaoké. Aucun pour les programmes télé. Ils chantent le matin en se levant (pauvres voisins), le midi et quelques fois le soir. Toupet hurle car il n'accepte pas de perdre. Monsieur Li a une voix très particulière. Petit, il a été repéré par le Parti et a vite été chargé d'aller dans les champs le midi pour chanter afin de soutenir les travailleurs...Il a cessé cette activité le jour où, debout dans les champs de blé, un épis lui est rentré dans les fesses ce qui a fait rire les adultes...et l'a profondément vexé. Mais le rêve de Toupet était d'habiter dans le 16ème arondissement. Il a trouvé une petite chambre au métro Exelmans. Peu de temps après son installation, les voisins se plaignent... Je décide de lui rendre visite.
Il est 20h. Personne dans cette rue en cul de sac. Seule une femme avec son gros manteau de fourrure, à la limite de la caricature me précède. Elle semble avoir peur car je lui emboîte le pas. Elle me laisse passer et à sa grande surprise je m'arrête devant son chic immeuble. Je sonne à l'interphone. Celui du voisin de Toupet qui n'en possède pas. En entendant sonner à travers le mur de son voisin, il était convenu qu'il descende m'ouvrir. Je patiente tandis que la femme ouvre la porte de l'immeuble. A ce moment Toupet sort de l'ascenseur... en collant de laine et torse nu, avec des tongs aux pieds et une pièce de boeuf dans les mains. Cet imposant mandchou hilare effraye la pauvre fourrure qui décide de prendre l'escalier putôt que l'ascenseur... Nous allons au dernier étage... Il y a des étendoirs à linge partout dans le couloir et, accrochés par des épingles, des morceaux de viande congelés! Toupet me dit que ses voisins et la gardienne ne sont pas content...ce que je veux bien croire! Le comble est le vendredi soir : c'est le jour où Toupet se lave les pieds ; pour avoir de l'espace, il s'installe avec deux bassines d'eau sur le palier, empêchant tout le monde de passer.
Toupet est arrivé en France avec les vêtements qu'il portait sur lui et 39 pinceaux à calligraphier. Je constate qu'il excele en la matière. Mais son soucis, en France, est de se trouver une femme. Il veut se marier puis partir aux Etats-Unis retrouver sa mère. Trouver une femme et rapidement : il est puceau et n'imagine pas changer avant ce mariage! En attendant, un mois d'aôut, il est arrivé chez moi avec une boite. Il m'explique que sa mère vient à Paris, qu'il lui laisse sa chambre pour quelques jours. Il a rangé ses affaires mais ne peut pas laisser cette boite dans la chambre. Intrigué je lui demande si c'est fragile. Il me dit que non : il ouvre la boite pour me montrer le contenu : une poupée gonflabe et des préservatifs! Biensûr, il la récupèrera rapidement...
En attendant, Toupet ne fait pas beaucoup d'effort pour apprendre le français...sauf pour assimiler les insultes et, avec lui, tout est ou devient "super con". Par contre, il mémorise chaque jour des dictons ou proverbes français dont beaucoup ne sont connu que du seul dictionnaire. En plus de la difficulté que cela représente à ennoncer, il les emploie fort à propos..."Petit à petit, le con fait son nid" : ca c'est pour son voisin.
PETIT INTERLUDE...
PORT ARTHUR...4 ANS APRES
La ville est toujours fermée...Li père est décédé peu de temps après notre visite. Maman Li elle, essaye de convaincre son fils de revenir à Port Arthur. Et monsieur Li ? relisez les articles précédents et changez simplement la date! Il est là, tel que je l'ai laissé. Mais il n'est plus étudiant : il s'occupe de la vente des billets d'avion par téléphone pour les groupes chez Air China à Paris. Pas très intressant selon lui. Mais tout de même : il a un vrai statut de salarié, un salaire... oui mais sa mère lui demande de rentrer tandis que son niveau de français n'a guère évolué. Il ne sait pas ce qu'il doit faire...Il ne sort pas plus qu'avant, toujours chez lui sauf que maintenant, il dort quand il ne travaille pas... Il est tel quel, dans sa petite chambre de bonne. Il s'est modernisé grâce à Toupet...qui lui a offert un four micro ondes (dont il ne se sert guère) et une télévision avec un magnétoscope. Mais seuls un dictionnaire et un calendrier chinois garnissent les étagères, comme avant.
Toupet est toujours étudiant. Il a ouvert "au noir" son restaurant à Paris avec des employés...Peu de temps après, il a fermé à cause des contrôles. Depuis, il étudie et travaille -toujours au noir- en Corse. Il espère encore retrouver sa mère à Philadelphie...
Pourquoi des nouvelles après tant de temps? Parce que la famille ne cesse de demander de mes nouvelles. Première Soeur m'a fait transmettre quelques petits cadeaux : en rapport avec les JO biensûr et un badge de Mao (pour ma collection).
Monsieur Li a décidé de me recontacter, de donner signe de "vie"... sa famille attend mon retour d'ailleurs, la chambre que j'ai occupé est devenue "ma" chambre et non plus "une" chambre...Je ne sais pas si une nouvelle visite dans cette ville sera possible avant son ouverture hypothétique mais j'espère avoir d'autres nouvelles!
CHINOIS DE PHILADELPHIE (USA)
Nous sommes au début du siècle. Les tours ne sont pas encore tombées à New York et s'y rendre à l'époque était encore relativement facile. Mais cette fois-ci je ne fait que passer. Je me rends à Philadelphie. Le vol était moins cher en passant par New-York. Ensuite moins de deux heures de car pour se rendre à Phila. Mais pas question de prendre ces mythiques cars américains...
Je me dirige vers le chinatown. Là, dans une boutique agrémentée de quelques chaises et de vieilles tables, j'achète un ticket pour le prochain car. L'aventure commence : nous sommes vraiment en Chine. Il y a de nombreux passagers qui attendent. Tous chinois avec une multitude de sacs - beaucoup sont alimentaires avec des inscriptions chinoises- et biensûr, ils forment un groupe compact. Pas question de faire une file d'attente. Deux cars arrivent. Personne ne sait dans lequel monter. Tous se précipitent vers le premier qui n'est bien entendu pas le bon. Le car est assez vieux avec une décoration très chinoise, chargée. Je m'approprie un siège. Je suis un peu fatigué après le vol et le décalage horaire. Nous partons en retard, nous arrêtons... durant le trajet les gens s'interpellent, couvrant à peine le son très fort des télévisions : au programme des chansons sirupeuses suivi d'un film très violent.
Les chinois ne sont pas très visibles dans la ville. Si le quartier noir est au nord, le chinatown est au sud, discret. S'ils n'ont pas de raison de se rendre dans le centre (travail), ils n'y vont pas.
Nous arrivons enfin à Philadelphie. D'après l'adresse, j'ai une partie de la ville à traverser pour me rendre dans le quartier italien : un vieux quartier en lisière du petit chinatown. Mes hôtes sont épicier. Ils viennent de Canton. Leur maison est tout en longueur et en hauteur. Je n'ai pas le temps d'arriver que je me retrouve avec des fruits, des gateaux et une biere dans les mains. A cette époque, il faut traverser la boutique pour entrer dans la maison. La première pièce (et la seule du rez de chaussee) est assez petite. C'est la plus importante : la cuisine.De la nourriture en abondance. Ils ont quatre enfants. L'ainée est absente, à l'université. Le second, leur seul fils est obèse, triste, très renfermé. Les deux plus petites nées ici sont infernales et gâtées. Pour atteindre les deux étages du dessus, il faut enjamber les vêtements, les paquets de gâteaux, les sodas et jouets des filles. Pour ce qui est de la nourriture, elle est chinoise à table et américaine en dehors des repas...
Ils ne pensent qu'à travailler. Les enfants à jouer. Si l'aînée ne cesse d'étudier, le fils a fait le minimum en décrochant ses diplomes pour faire plaisir aux parents mais il n'a aucun loisirs. Sa mère espère bien le marier un jour... Ils ont leur commerce et un employé : mexicain. Leur seule sortie de la semaine se fait au centre commercial mais surtout dans un grand restaurant à deux pas de chez eux. Ils m'y invitent. Pas question d'y aller à pieds. Ils m'expliquent qu'ils sont propriétaires et me font comprendre qu'ils doivent montrer -aux voisins surtout- qu'ils sont aisés. Nous y allons en voiture, neuve et brillante. Ils travaillent tous les jours, ne gardent que le dimanche après-midi de repos. Une fois par an ils prennent des vacances...quelques jours à Las Vegas pour y laisser des économies prévues à cet effet. Rapidement ils me proposent de travailler pour eux, m'assurant qu'il me sera facile d'avoir la green card et de devenir bilingue. Pour eux, il n'est pas pensable que l'on ne rêve pas de devenir américain. Américain mais chinois avant tout. Leurs connaissances sont chinoises. Leur fils fréquente une chinoise. Leur fille ainée, elle se démarque en étant vraiment américaine. Pour elle, pas question de fréquenter un asiatique et son petit ami est blanc. Ses parents espèrent qu'il est riche. Pour leur fils, son obésité est plutôt une marque de bonne santé. Durant une semaine avec eux, je n'ai pas vu un seul blanc. Ils n'ont pas quitté leur quartier. Les télévisions qui hurlent à longueur de journée ne diffusent que des dessins animés et talk-show. Ce qui se passe à Phila ne les interesse pas trop alors ailleurs... Pourvu que leur fils se marie, que les filles continuent à bien travailler et que les voisins bavent devant leur voiture...
Ils ont un lointain neveu venu de Paris travaillant au Sofitel de la ville. Il vient leur rendre visite une fois par mois...pour les aider à tenir la boutique.
Suong lui est venu à Phila pour fuir sa famille... Famille typique de l'immigration en France. De Canton au Cambodge, via le Vietnam où ils ont fui la guerre pour se retrouver à Paris. Ils ont acheté un modeste pavillon à Lognes, la première ville chinoise de France. Tous y habitent : les parents avec les trois fils et deux filles, les grands-parents et deux oncles...Impossible de vivre sa vie dans une chambre qu'il doit partager avec ses deux frères où il doit poser un matelas au sol pour dormir. Fuir pour pouvoir vivre pleinement son homosexualité. Phila est petit mais s'il garde contact avec la famille, il préserve son quotidien. Vivre à Philadelphie quand on est chinois avec de la famille déjà installée c'est facile mais lorsque l'on a grandit en partie en France, c'est autre chose...
L'hôtel tout d'abord. Il y travaille et par le fait y loge. Comme presque tous les employés il a une chambre dans l'hôtel : ce n'est pas négligeable lorsque l'on connait les prix et vu qu'il s'agit d'un grand Sofitel en plein centre... Je passe donc une semaine avec lui. Pour pouvoir exister dans cette ville, il faut faire partie d'un réseau, d'un club. Nombreux employés sont homosexuels et il se fait très rapidement accepté parmi eux. Cela veut dire se voir en permanence, même en dehors du travail. De nombreux français et quelques belges. Leurs activités sont très simples. Se tenir au courant des derniers cancans, s'inviter et sortir. Ils travaillent beaucoup. Le soir, ils se rendent dans le même café pour se montrer, boire un verre. Suong fréquente aussi régulièrement le vidéo-club porno. C'est avant tout un lieu de socialisation. Mais étant chinois, il fréquente aussi les soirées asiatiques au Lang Yang Club de Phila. Biensur, une bonne partie du personnel de l'hôtel s'y trouve. C'est un lieu où l'on danse peu bien que cela soit une boite de nuit; On s'y retrouve, se montre et boit. Je fais connaissance dun tout jeune couple de Singapour, fashion victim. Ils on de l'argent et le montre. Certes ils ont un travail dans la communication mais ils se font entretenir pour rester à un haut niveau. Ils se disputent pour savoir lequel des deux m'invitera dans son lit. Car curieusement, ils sont ensemble mais souvent séparés. Ils sont asiatiques avant tout. Mais ne fréquentent que des blancs, riches. Ils sont bien loin des traditions...
Puis je rencontre un très beau et jeune chinois de trente six ans. Il vivotait en tenant son minable lavomatic. Seul, ayant laissé sa famille derrière lui, n'ayant plus de contacts. Il vit depuis quelques temps avec un blanc de cinquante quatre ans, aussi riche que peu présentable. Négligé, sale, peu éduqué. Ils vivent dans un immense loft sur les bords du fleuve. Ils passent leur temps à voyager. Je les rencontrerai plus tard à Paris.
Lors d'une énième sortie au bar, je rencontre un jeune couple homo, blanc et chinois. Ils dorment peu. Ils poursuivent leurs études scientifiques déjà très pointues. Pour se les payer et s'offrir le loyer d'un petit deux pièces proche du centre, ils cumulent deux jobs. Pas de loisirs, pas de vacances.
Aux dernières nouvelles, ils continuent ce rythme. Suong est rentré en France pour travailler...moins. Le couple voyageur continue sur sa lancée. Les singapouriens sont toujours entre leur job et leurs nouvelles conquêtes. La famille d'accueil n'a pas changée ses habitudes. Ils ont fait seulement un aller-retour en France pour un mariage.
Je décide de poursuivre en me rendant au Canada pour rencontrer de grandes familles chinoises. Pour cela je prends un car "classique" américain qui me mènera après ving-huit heures de trajet à Toronto.
SUITE AU PROCHAIN ARTICLE ! PHOTOS BIENTOT DISPONIBLE !
ET ENSUITE? ...A ce jour, je n'ai pas de nouvelles de Monsieur Li suite à des malentendus. Il vit toujours à Paris, prisonnier de ses contradictions. Il ne supporte plus sa vie en Chine mais n'accepte pas du tout celle en Occident. A Paris il a eu la possibilité d'ouvrir de nombreuses portes mais il les a refermées pour quelques unes -la mienne notament- et jamais ouvertes pour les autres. Avec peu d'argent (ne pouvant pas travailler et n'acceptant pas la communauté de chinoise parisienne), il s'enferme dans sa chambre de bonne spartiate. Ce n'est pas faute d'avoir essayer... Pour exemple, sa première sortie au cinéma : j'étais plus ému que lui qui a décidé après un court instant que ce n'était pas un lieu fréquentable!... Mais je suis certain qu'il lira ces lignes et s'il décide de me contacter, il sait où me trouver! Plus de nouvelles de son indomptable accolyte mais je ne m'inquiète pas pour son avenir qui sera certes aussi surprenant que chaotique.
CETTE EXPERIENCE SE TERMINE ICI MAIS... je vous propose de découvrir les Chinatown des autres pays...pour commnecer, quelques villes américaines comme San Francisco et Philadelphie, non pas sous forme de guide que vous trouverez ailleurs et bien mieux mais en suivant des familles chinoises ayant décidé de vivre là-bas.
Prochain article fin septembre, début octobre.
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