Voyage insolité...

...Ou comment j'ai séjourné dans une des villes les plus fermées du monde! Voici le récit d'un séjour entre prison, vie campagnarde et sous-marin nucléaire...
Jeudi 8 septembre 2005

 6ème JOUR : HOPITAL, TRAIN, PRISON...

Le lendemain très tôt, l'infirière me réveille car elle a besoin d'un lit pour un malade. Je sors du lit avec mes chaussures sales. Elle ne change pas les draps. Je commence à ne plus supporter d'être enfermé et Li m'annonce que l'on ne rentrera que cet après-midi! Je décide de sortir. Je longe la mer pour entrer sur la plage : 10yuan ! Un tourniquet passé, une grande dalle en beton recouvre le sable. Un manège d'un autre âge, des stands de nourriture fermés, des gradins sommaires en beton, des poteaux électriques qui traversent la plage, juste en bord de mer... franchement, ca vaut le coup d'oeil...Ici la mer aussi est gelée, il fait un peu plus chaud ce matin -18°c. A midi, je retourne à l'hôpital : une vraie cour des miracles. Je retrouve Li. Nous allons prendre le bus pour rentrer.

14h CHINOIS PAS CONTENT

Bien qu'essayant de me faire discret, ma présence gêne puisque le bus se dirige vers Port Arthur. Nous prenons la côte

CURIOSITE GEOPHYSIQUE

La situation de Port Arthur présente une curiosité naturelle géophysique étonnante. Généralement, en montagne, les chinois coupent le moteur pour descendre une route afin de faire des économies. Mais à certains endroits de cette région, il faut au contraire pousser le moteur pour descendre ! En effet, la pression terrestre ici est -légèrement- inversée... Cette grande route, digne de nos autoroutes (Le Liaoning est une région à la pointe des infrastructures de transports) présente une autre curiosite...

CURIOSITE : UN ARBRE AU MILIEU DE L'AUTOROUTE

Lors de la construction de la route, les arbres ont été coupés en masse. Hors, l'un d'eux -est-ce une légende?- aurait "saigné" : une sève rouge aurait coulée. Il a été décidé de ne pas y toucher. Depuis, la route (3x3 voies) fait un virage très serré pour contourner l'arbre, unique...

PORT ARTHUR : VILLE INTERDITE !

Le bus freine. Le chauffeur exige que nous descendions car nous sommes près du premier tunnel, l'entrée en zone interdite. Li utilise son portable pour appeler un taxi et Deuxième Soeur. Après un long quart d'heure, Deuxième Beau-frère nous téléphone et nous conseille d'aller à la gare de X..., proche de là pour prendre le train de 17h25. Le taxi nous enmène. Arrivé dans la petite gare, les gens nous observent. Il n'y a aucun problème pour acheter un billet de train pour Port Arthur. Mais nous devons attendre 17h25. C'est le cousin de Deuxième Beau-Frère qui est contrôleur. Il fait évacuer une banquette dure pour nous placer. Non seulement les gens sont stupéfait de me voir entrer en zone interdite mais en plus, discuter avec un contrôleur et en chinois! Arrivé à Port Arthur. Certainement  un des lieux les plus dangereux pour moi. C'est une petite gare magnifique, russe, tout en bois. Mais pas le temps de trainer. Nous hâtons le pas pour rentrer. Mais les dénonciations vont bon train et la police nous cueille. Tout droit en prison... En fait, ils me connaissent. Mais la curiosité étant plus forte... Lorsque nous entrons au poste, je suis presque traité comme un prince (ce qui est contraire à la police chinoise). Comme c'est le bordel dans la salle, ils me proposent de m'asseoir... en prison! Je m'assied avec monsieur Li sur le banc en bois de la cellule, qui n'est pas fermée à clef... Pendant ce temps, ma carte bleue qui fascinne les fonctionnaires fait le tour du service. Lorsque la carte revient au bout d'une demi-heure, c'est un agent qui la récupère et s'apprête à la poser sur un coin de table. Je hurle : "Wo te ci-ion-kra!" (c'est ma carte bancaire!). Sans se presser, il me la rend. Deuxième Soeur arrive, en colère mais hurle pour la forme, à en faire rire les sapins de Noël (policiers gradés) en poste. Nous allons au restaurant juste à côté, en passant par la porte de service, nous monttons un estroit escalier. Nous nous atablons. Mais comme les clients commencent à trop nous regarder, l'on referme la porte de la pièce...qui est si petite qu'il nous est impossible de reculer notre chaise... Nous dînons avec Deuxième Beau-frère. Nous rentrons tranquillement à la maison. Tonton est énervé. Nous ressortons faire un tout petit tour dehors car à partir de demain....SIX JOURS SANS SORTIR pour cause de... FETES !!!

suite au prochain article

PHOTO : GARE DE PORT ARTHUR, DETAIL DU TOIT construite par les russes. (la Tour de fer derrière, pour les communiactions, domine toute la région).

 
par YETIDEVILLE publié dans : PORT ARTHUR
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback trackback (1)    recommander
Jeudi 1 septembre 2005

7h15. TROIS DANS LE LIT !!!

Je me réveille au son de la gymnastique des policiers. Ce n'est qu'après quelques longues secondes que je réalise que je ne suis pas seul dans mon lit ! Cette nuit, Tonton, trop excité empêchant Li de dormir, ce dernier est venu dans mon lit. Mais Tonton ne voulant pas dormir seul... Devinant que je suis réveillé, il hurle et réveille Li qui hurle à son tour. Je sors de la chambre. Le rituel commence...Préparation du petit déjeuner des parents, le café, salutations des parents. C'est Deuxième beau-frère qui vient faire un peu de ménage. En collant blanc et pull marron, un ravioli dans la bouche, il balaye. Li me dit qu'il faut que je me dépêche. Deuxième Beau-frère nous enmène chez ses parents, à la campagne.

9h CAMPAGNE MANDCHOUE :

Avec Li, Deuxième Beau-frère nous conduit dans la campagne. 35mn de route. Nous longeons la mer qui est gelée. Une "plage" est en construction ; c'est à dire que pour eux, la plage est un lieu où l'on s'amuse : manèges, restaurant et bancs, le tout pour 10 yuans l'entrée. Nous arrivons dans un petit village. Trois rues parallèles. Portes et fenêtres orientées au sud. La voiture s'arrête au bout de la troisième rue. Nous passons devant une ferme : la basse-cour est à l'exterieur, dans la rue... Le jardin sert d'entrepôt à un immense bazar. Ici, les gens commencent le ménage du Nouvel An. La maison de son père est la seule à avoir un étage (étage non utilisé), pour montrer qu'il est le plus riche du village. La maison est typique de la région : un couloir sépare dexu pièces avec une cuisine au bout. Après s'être déchaussés, nous sommes accueillis par la fille qui nous introduit dans l'une des pièces. Cinq à six mètres sous le plafond. La moitié de la salle est occupée par un kang en pierres haut puisqu'il m'arrive à la taille ! Nous monttons dessus pour y rejoindre les parents. Le kang est brûlant et j'ai du mal à rester assis dessus. Le père de Deuxième Beau-frère est âgé de soixante-cinq ans, marqué par le travail des champs et la maladie. C'est la première fois qu'il voit un étranger et s'en amuse. Sa femme observe attentivement mes chaussettes de laine. Puis je suis la fille dans la cuisine. Un vrai spectacle : une cuisine antique, avec des gamelles en fonte pendues, un immnese wok. Au mur, du carrelage où figurent les personnages de la mythologie chinoise et de la littérature comme le Roi des singes. Elle prépare exprès pour moi, à ma demande, deux repas différents. Un repas quotidien et un repas de fêtes.

11h30 CUISINE MANDCHOUE

Le premier repas que nous mangeons, sur le kang, est le repas de paysan. Une friture de poisson qu'elle a jetée dans l'eau bouillante du wok. Du chou blanc, des cacahuètes, un gros poisson noir qui sert uniquement à parfumer la soupe d'amidon de riz, du riz gluant, des huitres (sans coquilles, versées dans un saladier) et une sorte de pain local. Le tout arrosé d'alcool de Port Arthur. Après déjeuner, les parents se reposent. Je profite avec leur permission d'explorer la remise où sont entrposés les outils. Je retrouve les fameux sceaux accrochés aux extrémités d'un bâton, typiquement chinois. Lorsque je reviens, le père est disposé pour me chanter des comptines et me raconter deux histoires, dont une version mandchoue du Nouvel An chinois. La fille m'explique ensuite les symboles des mets qu'elle prépare pour le Nouvel An. La forme ronde et la couleur blanche des gâteaux rappellent la Pleine Lune et donc la date de la fête. Elle se transforme en artiste avec ses ciseaux pour donner la forme de dragons à ces petites brioches. Ils me demandent de revenir bientôt. Ce que je leur promet. Au retour, nous nous arrêtons dans un marché...

15h00 Alerte : Police !

Deuxième soeur m'a bien dit d'éviter les uniformes lorsqu'elle n'est pas avec moi. Aussi, losqu'une patrouille arrive, nous nous préicpitons dans un grand magasin, juste derrière les portes d'entrée qui sont faites de grosses toiles de jute. Nous les regarodons passer. Heureusement, ils ne m'ont pas vu. Mais ma présence a attiré des dizaines de chinois qui m'entourent. Certains déjà protestent. Il est temps de partir...

CHIEN, TORTUE ET SOJA CHAUD !

Nous entrons dans le marché où Deuxième Soeur, avertie part son mari, nous rejoint. Ici, elle est connue et crainte. Nous passons sans problème et nombreux sont les gens qui la saluent. Le rayon boucherie se compose de grosses carcasse de viande posées à même le sol. Plus loin, un marchand découpe des tortues encore vivantes. Li m'offre un grand verre le lait de soja chaud. Je ne peut même pas avaler une gorgée. Nous nous restaurons avec du chien bouilli et du choux. J'achète des papiers de Nouvel An et une lanterne pour enfant. Retour à la maison.

Ce soir, seuls père et mère sont présents. Après les avoir salué, discuté avec Li et joué avec Tonton, je me couche...

SUITE AU PROCHAIN ARTICLE ! (début sept.05)

Photo : cuisine campagnarde...

 
par YETIDEVILLE publié dans : PORT ARTHUR
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Samedi 27 août 2005
6h45
Tonton est déjà devant la télévision, épiant par la vitre mon réveil. Je me lève lorsque les policiers font leur gymnastique. Je me rends dans la cuisine pour grignoter un ravioli avec Tonton. Li se lève et prépare le petit déjeuner de ses parents que nous allons saluer. Le rituel du café comence au plus grand plaisir de père. J'en profite pour exposer mon projet à la famille. Après le Nouvel An, je resterai avec eux une semaine mais ensuite, je compte visiter la Mandchourie et pousser jusqu'à la Sibérie. Ils m'informent que je dois voyager le 6 février : c'est le jour où tout les chinois devront le faire... Mais je crains que Li ne m'accompagne pas car il souhaite rester aux côtés de son père malade.  De plus, j'avais demandé à rencontrer un conteur, un raconteur d'histoires : le problème est que ce vieil homme est tombé malade lui aussi. Mais je ne désespère pas de le rencontrer...
10h
C'est Troisième Soeur qui vient aujourd'hui faire un peu de ménage. Elle et son mari sont assez éffacés par rapport au reste de la famille. Je ne sais pas trop ce qu'ils font dans la vie. Elle est venu avec Wei Wei, sa fille de cinq ans. Elle retrouve Tonton...et c'est un enfer! Hurlements, rires... les enfants sont rois... J'observe Tonton qui a construit un avion avec des pinces à linge. Puis je me hasarde à demander à Troisième Soeur si elle accepte que je demande à Wei Wei de chanter et de l'enregistrer : je lui montre mon petit magnétophone et le micro, lui explique que je fais un travail sur les enfants et que c'est juste pour moi... Après hésitation et discution avec Li, elle accepte mais avant, elle s'isole avec sa fille. Je l'attend dans la chambre, après avoir fait mon lit (donc l'avoir défait). Mère et fille, se sont faites belles pour moi, comme si j'allais les filmer. La mère me fait signe d'attendre avant de commencer car elle souhaite se remaquiller rapidement. Wei Wei commence à chanter. A la troisième chanson, elle oublie les paroles et, à sa grande surprise, je termine la chanson, en français puisqu'il s'agit d'une comptine bien connue en France ("Ah vous dirais-je maman..."). Lorsqu'elle enchaîne sur les histoires, Mère devient rouge car elle raconte une histoire qui n'était pas prévue! Mère est rassurée car elle n'a aucune incidence... Tonton est aussi curieux que jaloux. Je lui propose donc la même chose. Il ne veut pas chanter mais me raconte une histoire : celle qui racontera plus tard lors d'un examen d'humouriste devant une délégation du comité politique de Dalian...
Wei Wei me montre son livre : il s'agit des fables de La Fontaine ! Sauf que dans "Le corbeau et le renard", le corbeau tiens de la viande dans son bec... Bien sûr je n'arrive pas à convaincre la famille qu'il s'agit de fables françaises. Nous déjeunons en famille : Premier Beau frère est revenu de Canton. Il est avec Première Soeur. Deuxième Beau-frère et Deuxième Soeur et enfin Troisième Beau-frère nous rejoins. Deuxième Beau-Frère à la réputation d'être le plus gros mangeur de raviolis de Port Arthur. Ce midi, il en mange 125...et pas des petits! Après déjeuner, nous nous "mettons" au lit. Je ne sais pas comment l'on arrive à tenir à 10 assis sur un lit standart de deux places... Wei Wei chante et Tonton joue avec un pistolet munie de flechettes. Nous parlons fort pour couvrir le son de la télévision. Tonton excité tire dans tous les sens...
15h drame !
...Mère reçoit une flechette en plein sur le front : elle râle mais ne gronde pas Tonton qui continue. J'en reçoit une sur la main ce qui fait mal. Puis, d'un seul coup, silence complet. Seule la télé ronronne. Plus personne ne bouge, les regards sont fixés sur Tonton. Mère, furieuse se met à hurler : Tonton a fait une grosse bêtise : l'une de ses flechettes a atteint Mao sur le mur ! Deuxième Soeur enlève la flchette du portrait et Tonton se retrouve punie : presque une heure, debout face au mur...
16h
Tandis que Troisième soeur prépare le dîner, Première soeur néttoie les algues pour faire des raviolis. Les autres jouent au mah-jong sur la table prévue à cet effet dans la pièce principale. Li et Tonton ont installé une petite table pliante sur le lit ! Ils jouent à un jeu de société. Wei Wei a entrepris de me soigner avec sa trousse médicale...
Le fils de Première soeur (issue d'un premier mariage). Il me demande si je peux lui choisir un bon dictionnaire d'anglais lorsque je me rendrai e ville.
Premier Beau-frère envoie Tonton chercher de la bière. Il a déjà bu trois litres à lui tout seul. J'aide Première soeur, avec qui je m'entends vraiment bien, à faire les raviolis, leur donnant une touche française...La première centaine est pour Deuxième beau-frère. Père, en train de gagner au mah-jong semble oublier qu'il est malade et chante. Sous prétexte de mon travail, j'essaye de poser des questions risquées à Li. Il me raconte aussi que, petit, grâce à sa voix particulière, il chantait pour les travailleurs dans les champs. Bien sûr, c'est un communiste nostalgique... Bien sûr, aussi contradictoire que les chinois en général, il arrête l'interogatoire... Deuxième Soeur a reçu un appel et il doit aller voir la voyante tout de suite!
18h
Nous commençons le dîner lorsque Li et sa soeur reviennent. La voyante a annoncé que Li ne peut pas se marier cette année : il devra attendre deux années!!! Et voilà comment se font encore les mariages. Je m'attendais à u drame familial et il n'en est rien. Il s'agit juste d'un arrangement materiel ; Li ne connait pas encore sa futur femme ! Enfin, il y aura certainement de nombreux commentaires mais la famille ne s'autorise pas à les faire devant moi.
Le dîner a été animé avec notre ivrogne de Beau-frère mais sans déraper. Li s'isole avec moi dans la chambre ensuite et mi-amusé, mi-gêné, il me dit que les beaux-frères qui pensent à ma santé, se demandent si je ne souhaite pas voir des prospectus... Bon, problème de traduction. Je comprends vite que prospectus pour Li c'est une prostituée !
23h45
Nous accompagnons Première Soeur et son mari chez elle ou du moins, faisons une partie du chemin avec eux. Cela me permet de sortir prendre l'air... -25°c avant de rentrer me coucher.
SUITE AU PROCHAIN ARTICLE !
 
PHOTO : 2ème Soeur tricote des chaussons sous le portrait de Mao...
par YETIDEVILLE publié dans : PORT ARTHUR
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 26 août 2005

NOUVEL AN CHEZ MONSIEUR LI

 

 

 

 

 

Li m'invite à passer le prochain Nouvel An chinois chez lui...Le problème n'est pas tant le froid (entre -15°C/-30°c), mais la situation singulière de la ville. Port Arthur (ou Lüshun) a été le lieu de conflit entre russes, chinois et japonais, lors de la deuxième guerre mondiale : sa situation géo-politique est stratégique. A la pointe du Liaoning en Mandchourie, elle s'avance dans la mer, entre la Chine et la Corée du Nord.

Depuis 1940, seuls trois étrangers ont eu l'autorisation de pénétrer dans cette ville (qui englobe la campagne proche). Si la guerre est terminée, son port abrite les sous-marins nucléaires, une base militaire très importante et, depuis le sommet des collines qui entourent la ville, un superbe panorama s'ouvre sur toute la région.

 

 

 

 

 

Six mois avant le départ, les négociations sont en cours. J'apprendrai seulement bien après tout ce qui a été fait pour l'autorisation de mon séjour : 55 000francs versés, l'autorisation de construire un immeuble sur un site protégé et interdit, des engagements personnels de la famille d'accueil et quelques séjours en prison...

Juste avant de partir, j'ai obtenu le feu vert de la police, du bureau politique, mais pas celui des militaires...

 

 

 

 

 

Le voyage commence mal : nous ratons de peu la correspondance à Beijing (Pékin) pour Dalian. Li se hâte d'acheter des billets pour le vol suivant, en première classe car le reste est complet. C'est très important car la logistique à l'arrivée est impressionnante...

J'apprends que deux vols sur la même ligne se sont écrasés tuant tous les passagers le mois dernier...

9h00

Arrivée à l'aéroport de Dalian. Je n'ai pas le temps de réfléchir. Premier mensonge : lorsque l'on me demande où je vais : je reste à Dalian!

Six personnes nous attendent à la sortie : Tonton (Hiver en chinois), dix ans, me donne maladroitement un bouquet de fleurs. Je suis accueilli par les trois soeurs et le Deuxième Beau-frère de Li qui donne de l'argent au chauffeur du petit bus privé pour qu'il accepte de me conduire à Lüshun.

Les soeurs discutent de l'itinéraire (nous passerons par les terres : il y a moins de contrôles). Tandis que l'une téléphone pour savoir si la route est libre, l'autre confirme mon signalement au chef de la police puis appel son cousin pour préparer un éventuel changement de parcours si l'entrée était fermée.

10h

Nous entrons dans la ville. J'ai ordre de rester près de Deuxième Soeur dès que je suis dehors. Le bus ne perd pas de temps : il se dirige droit vers l'appartement familial.

Les téléphones ne cessent de sonner. Li m'apprend que cette nuit je dois visiter une usine d'abattage de porcs! Pourquoi? Parce qu'il s'agit d'un très gros industriel de la région et qu'il souhaite me rencontrer...cette nuit pour que cela soit discret!

Nous nous arrêtons près d'un immeuble vers le centre ville. Le téléphone sonne de nouveau. Je dois me présenter en fin de matinée au chef de la police...Bon, si je comprend bien, pas question de récupérer mon décalage horaire aujourd'hui!

Nous sortons après que Deuxième Beau-frère se soit assuré que personne ne sorte ou entre dans l'immeuble. Je descend du bus. Il fait -15°c

10h30

C'est un immeuble des années quatre-vingt, modeste mais bien situé dans la ville. L'appartement est au troisième étage. L'entrée est basse de plafond pour garder la chaleur à l'intérieur. Je me déchausse. Les autres enlèvent leurs deux premiers pantalons (généralement, les gens en portent deux plus un collant de laine ce que j'apprécierai par la suite avec -45°c)...La pièce principale est au centre de l'appartement et n'est éclairée que par les fenêtres des pièces voisine, les chambres, dont le mur donnant sur cette salle sont vitrés. Car si ces appartements sont modernes, l'intimité n'est toujours pas dans le vocabulaire chinois...

Je suis présenté aux parents Li âgés de soixante et cinquante-cinq ans. Tous deux couchés : lui parce que malade (cancer), elle, parce qu'elle passe sa journée au lit. Je constaterai par la suite qu'elle y  reçoit tous ses invités, de la fille au chef militaire de la région, sous les couvertures!

Li me dit que pour les remerciements, les cadeaux, on verra plus tard...

Pour ce premier contact, elle ne m'impose pas le lit, je me contente de m'asseoir sur le bord. C'est une vraie paysanne, avec tous ses accessoires à disposition : pot pour cracher, sac à main, tapette à mouche, gratte-dos... Li déballe le premier cadeau offert à ses parents : une cafetière électrique! Les trois soeurs, Deuxième Beau-frère, Tonton entourent l'objet et s'extasient devant le café qui passe, comme s'ils découvraient la huitième merveille du monde alors qu'ils n'ont rien à nous envier sur l'équipement électro-ménager...Première soeur m'offre mon petit-déjeuner : un pied de cochon! Je m'oblige à manger...bonjour le dépaysement en quelques minutes! Puis Mère décide de me raconter sa vie : munie de sa tapette à mouches, elle frappe vigoureusement dans le cadre-photos accroché au dessus de sa tête : une quinzaines de photos d'elle, prises à différentes époques. Tout en parlant, elle rôte, crache et pète, sans oublier de pointer du bout de sa tapette une photo...J'ai furieusement envie de rire, avec mon pied de cochon à la main.

Epuisé, j'aimerai prendre une douche mais cela, il ne faut pas y compter avant...plusieurs jours! Quant aux toilettes, il faudra négocier un accès privé! Enfin, pour l'instant, l'on me laisse me coucher dans une chambre où, me dit-on, je ne dois pas m'approcher de la fenêtre car elle donne sur le commissariat et mieux vaut ne pas les intriguer ou me faire passer pour un espion!

11h30

Les haut-parleurs de la cour du commissariat crachottent une musique signalant qu'il est l'heure de déjeuner. Je me couche enfin et m'endort...sous le portrait de Mao!

J'ai l'impression d'avoir dormi des heures, de revenir d'une époque lointaine. Je pense que si je m'étais réveillé seul dans le lit, j'aurai eu un gros passage à vide, comme cela se produit souvent lorsque l'on a fait un long voyage. Mais à peine avoir ouvert les yeux, je trouve Tonton, en collant de laine vert pomme, un tee-shirt tâché et un blouson sur le dos, bien installé sur mon lit, dégustant un gros ravioli. Un peu décontenancé, je lui dit bonjour, lui demande comment cela va, en chinois. Il explose de rire en m'entendant parler, ou plutôt, hurle, ce qui me donne le mal de crâne. Il n'est que 15h45. Li arrive et m'explique que le chef de la police est arrivé. Je me lève et le suit dans la chambre parentale. Déjà qu'un simple représentant de la loi porte un uniforme clinquant, alors un chef...c'est un vrai sapin de Noël. Assis dans le lit avec Père et Mère, ses jambes disparaissant sous les couvertures, le buste droit, il a gardé sa veste bardé de médailles, son képi. Il me salut m'invitant à les rejoindre...dans le lit! Cette fois, je n'ai pas le choix. Mais ce qui me gêne le plus, c'est que je suis observé comme une bête curieuse, une attraction : je devine que le but de sa visite est uniquement de me voir, et non d'enregistrer mon séjour, vu qu'il n'est pas vraiment officiel. Li me dit de ne pas oublier le cadeau, en français. Je m'excuse, sors du lit, entre dans la chambre voisine et ouvre la valise remplie de cadeaux. Je laisse Li choisir : je me sens gêné du peu de valeur de ce que j'ai à leur offrir. Il hésite entre une ceinture et une bouteille de vin. Il prend une boule de neige dans laquelle se trouve réunit la Tour Eiffel, l'Arc de Triomphe et Notre-Dame. Il l'enveloppe rapidement dans du papier cadeau. Nous retrouvons le sapin de Noël qui accepte avec beaucoup de politesse (c'est à dire en refusant à maintes reprises)le cadeau. Lorsqu'il ouvre le petit paquet, je retiens ma respiration. Je vois tout de suite à ses yeux qu'il est vraiment ravi. Il se lève, en costume de la tête à la taille et en collant blanc bien moulant, avec sa boule de neige à la main. Il salue tout le monde, enfile son pantalon. Li le raccompagne à la porte.

Mère se lève pour préparer le dîner, ce qui lui arrive rarement, aidé de Li  mais les enfants sont au travail. Je m’assied dans la pièce principale, où Tonton, vautré sur un fauteuil regarde la télévision, un pied de porc à la main.  La pièce est relativement petite puisque les trois chambres, la cuisine et l’entrée ouvrent sur cette pièce carrée. De plus, deux chambres ont un mur vitré. Une table de mah-jong recouverte d’une nappe, une banquette et deux fauteuils trouvent leur place, avec la télévision. Les murs et étagères sont surchargés de photos. C’est étrange car la mode est d’avoir des photographies de mariage. Ainsi, Père et Mère ont fait leur séance photo mais à l’âge de cinquante ans pour avoir les leurs, et en tenue occidentale. Si Père passe encore, Mère ressemble à une prostituée, dans sa robe rouge vif et son maquillage un peu trop appuyé.

 Deuxième Sœur rentre du travail. C’est surtout grâce à elle et son mari que je peux être ici. Lui, chauffeur de bus, a son cousin occupant un poste élevé dans la police. Elle, responsable des logements dans un nouveau quartier de Lüshun (en Chine l’on ne peut pas habiter où l’on veut). Elle est très dynamique et autoritaire, toujours vêtue d’une sorte de combinaison de ski. Tonton est leur fils.

Agé de presque onze ans, Tonton est un bon imitateur-humoriste : c’est un vrai sport national. Partout, à la télé, dans le train, les magasins, les humoristes font le spectacle. De plus, Tonton a eu la chance de jouer le rôle d’un grand empereur chinois enfant dans la plus célèbre série, culte, diffusée en Asie depuis très longtemps. Capricieux, colérique, goinfre, c’est l’enfant unique type : il fait ce qu’il veut, rarement grondé.

SUITE LA PROCHAINE FOIS !

 

Photos : Port Arthur depuis l'ancien camp japonais avec le canon pointant sur la ville

 

 

 

 
par YETIDEVILLE publié dans : chine.interdite
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Vendredi 26 août 2005

(suite de l'article "Port Arthur" : fin de la première journée)

PREMIER JOUR, 16H45

Nous sommes à quelques jours du Nouvel An. La famille Li se compose de trois filles et d'un garçon, le cadet. En principe, les filles devraient être dans leur foyer, avant de visiter leur belle famille pour les fêtes. Mais leur père étant très souffrant, elles sont souvent à la maison en ce moment et, je ne m'en rend pas compte tout de suite, elles assurent une lourde logistique pour moi...

Deuxième Soeur arrive, bientôt suivit de Première Soeur. Je me rend à la cuisine. Cette pièce est particulière : elle se compose de la cuisine proprement dite et d'une sorte de loggia où se trouve le grand wok et les plaques de cuisson, ainsi que l'évier. C'est tellement en désordre que j'ai du mal à voir ce qui s'y prépare. Le réfrigérateur se trouve dans ma chambre! En effet, il y a un espace entre les deux vitres, conçues ainsi en raison du froid. La nouriture est ainsi mise entre les deux vitres coulissantes, obstruant en partie la lumière. La température extèrieure garantie ainsi la fraîcheur -voir la congélation- des aliments. Nous dînons vers 17h, 17h30.

Li s'isole avec moi pour m'expliquer ce qui va se passer ensuite...Car il n'est pas quetion de se reposer! En fait, ce soir, la cuisine est juste préparée pour Père qui ne peux pas sortir. Nous, nous allons au restaurant pour dîner avec l'un des plus gros industriel de Mandchourie. Ensuite, nous visiterons ses usines. Pour les jours à venir, rien est encore sûr mais il nous faudra voir plusieurs responsables. La première semaine de la Nouvelle année est immuable dans son déroulement. La famille et les amis rendront visite aux Li et je devrai certainement me cacher dans la maison car il est impensable que la famille voit un étranger et impossible pour moi de mettre le nez dehors... Je me prépare dans la chambre : appareil photo, carnet, et surtout, change de vêtements car il est prévu environ -25°c ce soir.

18h   Deuxième Beau frère arrive. Il a laissé sa voiture en bas de l'immeuble. Nous sortons avec sa femme et Première Soeur. Sans oublier Li. Nous n'allons pas très loin mais il serai dangereux que l'on me voit en ville, surtout dans le centre. En fait, personne ne sait exactement quelles parties de la ville appartiennent à la ville ou à l'armée mais le centre est militaire puisque donnant sur le port. Nous sortons de la voiture pour nous engouffrer dans un grand restaurant fréquenté par les militaires. Je ne comprend pas pourquoi nous sommes ici puisque notre industriel n'a pas l'autorisation de nous parler et moi je n'ai pas celle des militaires! Mais c'est le plus chic de Port Arthur et notre hôte souhaite marquer son plaisir...Deuxième Soeur me précède, son mari me suit. Un militaire se met à hurler mais Première Soeur hurle encore plus : elle lui montre un papier et ce dernier bien qu'en colère me laisse passer, en reculant, ayant presque peur de me toucher. Il donne des ordres au personnel qui s'est rassemblé pour me voir et inquiet de recevoir un visiteur interdit. J'ai compris que le restaurant ne recevrai personne d'autre ce soir... Une hôtesse nous fait entrer dans une grande salle digne des grands restaurants soviétiques du temps de la guerre froide. L'industriel est en retard. Li avait prévu avec sa soeur un cadeau pour lui : une ceinture. Elle reçoit un appel : il sera possible pour moi de passer quelques jours à la campagne. Puis un autre appel pour fixer un rendez-vous avec le responsable de l'Office du tourisme. L'industriel arrive avec près de deux heures de retard! . Il a commandé de nombreux plats : canard laqué, boeuf, poulet, intestins de porc, nouilles, poisson... des huitres (sans les coquilles), en soupe et la bière locale. Nous discutons un peu de tout. Il a passé quelques mois en Allemagne pour acheter des outils. Il est eprsuadé que je suis très riche et ai de l'influence... Après avoir manger plus par politesse que par faim, nous reprenons la voiture.

23h30

Nous entrons sur un large parking. L'endroit, quoique peu éclairé semble presque désaffecté. Des hurlements : nous approchons. C'est ici qu'attendent les porcs avant d'être tués. A cette heure-ci, il y a peu d'employés c'est pour cela que nous visitons maintenant. L'usine fonctionne jour et nuit! Nous suivons un porc effrayé qui entre par une porte pour être attaché près d'un mur et électrocuté. Une forte odeur se dégage. Le porc est enmené dans une garnde baignoire d'eau bouillante très odorante. Ensuite, suspendu par un crochet, un ouvrier lui enlève la peau...avant d'être découpé. Après cette horrible et difficile visite, dans les odeurs et la chaleur, notre hôte nous offre une sorte de saké. Il est presque 1h... Puis nous offre du saucisson auquel il est impératif de goûter! De l'autre côté de la cour, une autre usine. La chaleur y est encore plus forte et les odeurs tenaces. Ici c'est une des plus grosse fabrique de Soja, Tofu. C'est interessant de voir le travail. Les trois employés sont interloqués par ma visite bien qu'ils aient été prévenus depuis le matin.

2h Nous sortons de la salle où il fait +45°c pour retrouver nos -25°c... De retour chez les Li, je dois saluer les Li au lit avant de me coucher moi-même. Toute la famille est ainsi sur le lit parental, en train de manger des fraises. Puis je m'écroule sur mon lit...

SUITE  AU PROCHAIN ARTICLE !

Photo : Madame Li au lit!
 
par YETIDEVILLE publié dans : PORT ARTHUR
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus